Marguerite s’est échappée

Une héroïne, Marguerite, voilà ce que tu es ! Et la fierté de toutes tes semblables. Sur le chemin de la mort, tu as dit non. Bien peu d’entre nous – quelle que soit notre espèce – sont capables d’un tel exploit.

La vache MargueriteMarguerite, ne me dis rien : ça ne serait pas supportable. Je préfère juste imaginer quelle était l’immensité de ta terreur quand la porte du camion qui te menait à l’abattoir s’est ouverte. Vous étiez arrivées à destination, toi et tes compagnes. Dans la continuité de la porte ouverte du camion, à quelques mètres à peine en face d’elle, la porte de l’abattoir, comme une implacable suite logique.

En un instant, tu as compris qu’il ne fallait à aucun prix la passer, cette porte là. Derrière, c’était l’attente dans un box sans échappatoire, les cris montant de la mort des autres, et puis la tienne, la mort par égorgement, la mort par meurtre. Il fallait faire vite ! En un clin d’oeil, tu as sauté par-dessus celui qui se croyait ton propriétaire et tu t’es enfuie.
Ils t’ont retrouvée bien sûr et bien sûr ils t’ont maîtrisée.

Mais le temps de la chance était arrivé, Marguerite, et tu as gagné la partie en trois manches.
La première grâce à ton prix : 3000 euros. Bien peu pour une vie, n’est-ce pas ? Beaucoup pour un porte-feuilles d’humain, crois-moi. Pas question de te tuer ailleurs qu’à l’abattoir et dans les formes, sinon c’était 3000 euros de foutus. On t’a juste endormie, à coup de seringues. On te tuerait plus tard.
La deuxième manche, ce sont les seringues qui te l’ont fait gagner, justement. Les médicaments qu’elles contenaient te rendaient « impropre à la consommation ». C’est que c’est délicat, un humain : tuer, oui ! mais tomber malade… pas question ! Et voilà que tu te retrouvais, toute endormie que tu étais, avec trente jours de sursis, le temps que ton corps ait éliminé tous les anesthésiques.

Mais la victoire finale, Marguerite, tu la dois à l’association Stéphane Lamart qui a battu la campagne pour récolter la somme nécessaire à ton rachat. Lui, elle, nous tous avons donné chacun un peu pour finalement rassembler 5500 euros. Aujourd’hui, tu n’appartiens plus à ce (comment appelle-t-on ces gens là, déjà ?) qui a osé faire monter ton prix de vente – pardon, Marguerite ! – quand il a compris l’émotion qu’avait suscité ton histoire.

Tu n’iras pas à l’abattoir, Marguerite. L’association Stéphane Lamart va te confier à une ferme pédagogique de ses amies. Sans nul doute, tu vas découvrir que le bonheur est bien dans le pré.

Je rêve du jour où tous les employés des abattoirs sauront dire non, eux aussi. Où, terrifiés devant les meurtres à accomplir, la tête enfin lucide, ils refuseront, comme toi, de franchir la porte et prendront la poudre d’escampette.

13 juin 2015Nous étions deux mille, à Paris, la semaine dernière, à marcher pour la fermeture des abattoirs et à crier « Fermons les abattoirs, ouvrons les consciences ! ». C’est bien peu encore. Les choses avancent mais si lentement !

Alors, je compte sur toi, Marguerite : quand tu seras dans ton pré, entourée de tes nouveaux amis, qu’ils soient vaches, moutons, cochons ou canards, prêche la révolte !