Horreur sur les landes de Conwy

Un peu partout sur internet, depuis le début de l’année, on trouve, annoncée sur un ton léger et amusé, une consternante nouvelle : un chercheur en informatique de l’Université de Lancaster, Gordon Blair, a obtenu une bourse de presque 220 000 euros du « Conseil en recherche en ingénierie et sciences physiques du Royaume-Uni » pour équiper des troupeaux entiers de moutons de colliers qui seront autant de hotspots WiFi.
Ce projet, qui devrait durer 18 mois, sera mis en place à Conwy, au pays de Galles.

What for ? Good Lord ! *

Les colliers – qui émettent jusqu’à 5 km tout de même ! – doivent permettre notamment de suivre les troupeaux à la trace et ainsi de « mieux connaître leurs besoins ». Mais aussi, de créer des accès internet en ce qu’ils appellent la rase campagne, c’est à dire de permettre aux « pauvres » ruraux éloignés de tout (comprendre éloignés de la ville c’est à dire de la modernité) de se connecter à internet.

Les capteurs combineraient des fréquences radio de 900 MHz et de 144 MHz radio.

Et les journaux virtuels de s’extasier : « Si le projet est un succès en termes de connexion sans fil, on pourrait éventuellement imaginer qu’il se répande dans d’autres régions du monde, plus reculées, où l’accès à Internet est encore limité, quand il n’est pas inexistant. C’est une option à exploiter compte tenu du fait que 4,4 milliards de personnes sont encore concernées par le problème […] » peut-on lire ici.

Ben voyons ! Au nom de l’égalité des humains entre eux, au nom du droit qu’a chaque humain de vouloir être semblable à tous les autres, en vérité je vous le dis, être connecté à internet n’est pas seulement un droit. C’est un devoir pour tout vrai citoyen du monde technologique, une marque obligée d’allégeance au dieu de la modernité.

En conséquence, réduisons donc les moutons à ce qu’ils sont déjà dans la plupart des cerveaux humains et dans la réalité de l’élevage : des objets au service des caprices humains.

Mais chut ! Surtout ne pas critiquer notre belle société du progrès, sous peine de se voir rétorquer : « Vous êtes contre tout ! Vous voudriez qu’on leur mette quoi autour du cou, aux moutons, des bougies ? »

Du calme, cher citoyen formaté, je voulais juste dire
qu’on a le droit de préférer les livres aux ordinateurs
que certains rêvent encore d’une campagne où l’on pourrait justement déconnecter
que peut-être ces 4,4 milliards d’humains sans internet vivent ça très bien et que, de toute façon, on ne leur a pas demandé leur avis
que les ondes, c’est dangereux pour la santé et qu’on peut très bien accéder à internet sans la WiFi, via le réseau électrique
que si les ondes, c’est déjà suspecté d’avoir un impact à quelques centaines de mètres, alors qu’est-ce qui se passe pour les moutons s’ils les portent directement sur eux ?
que nous soupçonnons fort que les connaissances supplémentaires sur les moutons se retourneront un jour contre eux

que DÉCIDÉMENT les moutons NE SONT PAS DES OBJETS mais des individus qui sont venus au monde pour eux, juste pour eux et pas pour nous.

Mais internet a un ton amusé. Ça fait rire dans les rédactions.
Ah pas tous, pourtant ! Un certain s’inquiète quand même et nous lui décernons la palme du cynisme : « Le moyen mis en oeuvre est très surprenant et c’est une première! Nous ne savons pas quels sont les effets sur les animaux. Nous savons tous que dormir ou vivre trop près d’une source d’ondes n’est pas bon pour notre santé… Mais consommer un produit qui a eu un fort contact avec ces mêmes ondes nous impactera-t-il ? » peut-on lire sur le site de « À l’heure digitale, le webzine en phase avec son temps » (sic)

Amis moutons, il faut arrêter de toute urgence les coupables activités de ces savants complètement fous au service tout à la fois de l’économie et de leur égo mégalomaniaque.

Avec vous, jusqu’à ce qu’ils vous lâchent la grappe !

* Pour quoi donc ? Seigneur !