Halal ET bio : cherchez l’erreur…

Vous la chercherez en vain : il n’y en a pas. Au mois d’août 2012, ECOCERT a, en effet, accordé la labellisation « AB » à la société Bionoor… qui vend – entre autre – de la viande donc, halal et bio.

Pour ceux qui l’ignoreraient encore, pour qu’une viande soit considérée comme halal ou casher (la version juive d’exactement la même chose), il faut que l’animal ait été tué en pleine conscience : sans ce qu’on appelle gentiment l’étourdissement.

Pour la feuille mutine, avec ou sans « étourdissement », la mort à l’abattoir c’est atroce et inacceptable.
Mais pourquoi rajouter de l’horreur à l’horreur ?
En quoi est-ce que le fait de savoir que les animaux qu’ils mangent sont morts lentement et en pleine conscience aporte-t-il quoi que ce soit aux personnes de religion musulmane ou juive ?
En quoi ?

Le sacrifice – donc la souffrance  – est au coeur des religions. La souffrance rapproche de Dieu, semble-t-il. Mais il s’agit toujours de la souffrance des autres. Ici, d’un animal non humain parce que sa vie n’importe pas aux mangeurs de « viande », quoi qu’ils en disent.

Pourquoi la certification bio a-t-elle été accordée à Bionoor ?

Laissons la parole à Bionoor. L’explication est sur son site (qui s’appelle Tendre France , hé oui) :
« Comment Bionoor a-t-il réussi à réunir les caractéres bio et halal pour la viande ?
Bionoor a avancé trois points :
•    L’argument scientifique. Des études rigoureuses et documentées contredisent l’idée que l’abattage rituel causerait plus de souffrance pour l’animal que la méthode conventionnelle. Le problème porte plutôt sur la qualité d’exécution de l’abattage. C’est dans l’hypothèse où ce dernier est mal réalisé que les conditions du bien-être animal ne peuvent être remplies, quelque soit la méthode utilisée. Bionoor a donc fait appel aux meilleurs spécialistes du domaine pour que l’abattage se fasse dans des conditions permettant la maximisation du bien être de l’animal, sous le contrôle du règlement sanitaire et des exigences de l’Agriculture Biologique.

•    L’argument juridique. Pour Bionoor, le blocage n’était pas explicitement inscrit dans le texte réglementaire. En effet, aucun article juridique ne stipule qu’un abattage rituel compromet le caractère biologique de la viande. Le blocage était donc purement interprétatif : les certificateurs estimaient que le sacrifice rituel musulman n’était pas considéré comme engendrant « un minimum de souffrance ».

•    L’argument de santé publique. Il semblerait que ne pas manger bio c’est prendre un risque quant à sa santé (ce que corroborent de nombreuses études). « Agriculture biologique » est un label de qualité, et refuser la certification à un produit réputé sain en raison d’un abattage rituel, c’est priver une partie de la population d’une opportunité à protéger leur santé.
Les arguments ont convaincu, et l’interprétation du texte réglementaire a changé ; la viande bio halal peut ainsi voir le jour. »

Rions à gorge déployée de leurs sinistres arguments :

(*) Commentaire d'un visiteur sur la page « De Bionoor à Tendre France : une viande éthique, halal et certifiée bio par AB ! » du site www.oumzaza.fr
(*) Commentaire d’un visiteur sur la page « De Bionoor à Tendre France : une viande éthique, halal et certifiée bio par AB ! » du site www.oumzaza.fr

Donc… être égorgé en pleine conscience, ça n’est pas plus douloureux qu’à moitié assommé. Quand c’est bien fait, ça ne fait pas mal. Ben voyons ! Ça fait tellement de bien que Bionoor n’hésite pas à parler de « bien être animal ». Qui veut tenter l’expérience ? En tant que victime, s’entend…
Bionoor fait appel aux meilleurs spécialistes (du crime). Là-dessus, le mangeur de viande est obligé de lui faire confiance car il n’en apporte aucune preuve.

L’argument juridique est fondamental : le texte réglementaire ne disant pas explicitement que l’on ne peut pas abattre sans étourdissement un animal élevé en bio, il était logique qu’un jour ou l’autre quelqu’un tente de s’introduire dans la brèche. C’est fait.

L’argument de santé publique est à vomir : on fait trinquer les animaux à l’abattoir au nom de l’égalité des hommes entre eux : « Ah mon bon Monsieur, y a pas d’raison que mon p’tit bidochon ait pas droit au meilleur, hein ! C’est que c’est dangereux, vous savez, l’agriculture industrielle ! ». Hé coco ! J’ai d’autres solutions pour toi : deviens athée ou mieux… arrête de béqueter de la bidoche.

N’empêche ! Ecocert, il a marché. C’est qu’il y a quand même un sacré marché derrière tout ça !
La preuve : la boucherie des frères Loumi, aux Lilas (Seine-Saint-Denis), c’est à Bionoor qu’elle achète sa viande. Le site (oh combien intéressant !) Reporterre leur consacre le 5 février un long article, sans aucun recul, sans aucune critique, à notre grande tristesse.
Pourquoi ne pas avoir dit, au moins, que l’association OABA (Oeuvre d’Assistance aux Bêtes d’Abattoir) avait protesté et lancé à l’époque une pétition sur Facebook ?

Notons au passage que la filière bio, elle, est restée quasiment silencieuse.

l’OABA précise : « En 2010 et 2011, l’OABA avait interpellé la FNAB (Fédération Nationale de l’Agriculture Biologique), l’Agence Bio et le ministère de l’Agriculture (DGPAAT) sur ce sujet. Nous estimions en effet, comme beaucoup d’éleveurs, que l’abattage sans étourdissement préalable n’était pas compatible avec les principes de l’agriculture biologique qui prônent un plus grand respect des animaux. Ni le ministère, ni la FNAB et l’Agence Bio n’avaient daigné répondre à nos courriers. »

Hé hé ! Sujet épineux, tiens ! C’est qu’encore une fois c’est un sacré marché potentiel et la bio – vous avez remarqué ? – devient de moins en moins militante et de plus en plus commerciale.

Quant aux clients de la bio, Karim Loumi assure que 40% de sa clientèle est non musulmane. Ce qui semble signifier que bien des gens achètent bio uniquement parce que c’est bon pour leur santé (en égoïstes quoi). La souffrance animale ? Ils s’en foutent. Mais pourquoi s’étonner, après tout ? S’ils s’en souciaient, ils ne les mangeraient pas.

Les frères Loumi « vendent de la viande halal et bio […]  afin de respecter l’animal  et pour des raisons de santé. »
Ils l’assurent : « La production de viande à la fois halal et respectueuse du vivant (respec-TUEUSE ? ) se développe. »
Il est vrai que pour ces gens, les animaux qui arrivent à l’abattoir ne font peut-être déjà plus partie du vivant. À ce stade, sans doute sont-ils déjà devenus des morceaux de viande. Un morceau de viande a-t-il besoin de respect ?

Imaginez-vous… Vous arrivez à l’abattoir. Vous allez être tué(e). Impossible de fuir. Que choisissez-vous ? D’être à moitié mort déjà quand on vous égorgera ou d’être égorgé directement ?
Quoi ? Si c’est possible, vous préférez prendre vos jambes à votre cou ? Vous tailler ? Rester en vie ?
Nous aussi.


Et le casher bio, ça existe ?
Oui : « La marque André Krief commercialise du poulet casher certifié AB, un rare exemple sur un marché presque inexistant ». Même horreur et nous les renvoyons dos à dos.