Deux-trois trucs à propos du mariage

Il n’y a pas de mariage d’amour.

Il n’y a de mariage que de raison. On se marie pour éviter qu’après la mort de celui ou celle qui partageait votre vie, l’État ne prélève (ce qu’il estime être) sa part du magot (si magot il y a), pour empêcher le petit neveu surgi de nulle part et contre toute attente de vous chasser de la maison que vous avez toujours aimée, de vous prendre le fauteuil qui a si longtemps abrité votre sommeil et vos rêves mais… qui n’est pas « à votre nom ».

Pour le reste… nul besoin de se marier pour faire l’amour, pour vivre ensemble, pour s’aimer.

Le mariage a, durant fort longtemps, été une institution faite -notamment- pour maintenir les femmes en situation de subordination vis-à-vis de leur mari. C’est encore, bien évidemment, le cas dans de très nombreux pays du monde.

Aujourd’hui, en France, le code du mariage est enfin vidé de toute notion d’inégalité entre les sexes. Mais qui le sait ?

La plupart des gens croient encore, par exemple, que l’épouse a l’obligation de se séparer de son nom pour porter celui de son époux. Or il n’en est rien. Il n’en a d’ailleurs jamais rien été. Ce n’est en effet qu’une coutume. Coutume qui symbolise on ne peut mieux la soumission de la femme à l’homme, au travers de sa disparition derrière son nom à lui, voire derrière son prénom et son nom… car cela se fait encore.

La plupart des femmes qui se marient renoncent à leur nom, parce qu’elles ignorent la loi, pour ne pas vexer le mari (qui, il faut croire, se sentirait humilié d’être l’égal de sa femme), pour faire comme tout le monde, pour ne pas être confrontée au regard suspicieux des gens. Hé oui ! une femme mariée qui porte son nom à elle – son seul nom légal, rappelons-le – est, de nos jours encore, le plus souvent regardée de travers. Que signifie donc ce condamnable désir d’indépendance ? L’ordre moral d’aujourd’hui ne tolère guère l’indépendance des femmes que si elles vivent sans homme. En couple avec un homme, la femme est gentiment sommée de passer au second plan. Un couple hétérosexuel ayant des relations égalitaires, ça ne court pas les rues.

Et quand une femme mariée décide de garder son nom, elle peut être certaine qu’elle devra se battre pour qu’amis et famille, administrations de tous types ne l’affublent pas, ici et là et qu’elle le veuille ou non, du nom de son mari.

Rappelons qu’aujourd’hui le code du mariage dit qu’un homme tout comme une femme peut :
– garder son nom et ne porter que lui
– rajouter à son nom celui de son ou de sa conjoint-e (ou faire précéder son nom de celui de son ou de sa conjoint-e)
– porter pour seul nom le nom de son conjoint ou de sa conjointe (quoi ? un homme marié peut porter le nom de sa femme ? Hé oui ! C’est nouveau ? Hé oui ! Gageons que ça ne se fait jamais…)

Dans les deux derniers cas de figure, il ne s’agira jamais, de toute façon, que d’un nom d’usage. Par ailleurs, la notion de « nom de jeune fille » et l’appellation de « Mademoiselle » pour une femme célibataire ont disparu de la loi mais pas encore des milliers de textes et formulaires inégalitaires (y compris sur internet et sur des sites contestataires, dès lors qu’il s’agit de passer commande, par exemple).

Mais je ne parle que de couples de sexe différent alors que, bien entendu, je n’oublie pas que l’on peut maintenant épouser quelqu’un de son sexe. C’est que, par définition, la question du sexisme ne se pose pas au sein d’un couple de même sexe. J’imagine que le nombre d’hommes décidant de renoncer à leur nom pour prendre celui de leur mari, ou de femmes décidant de renoncer au leur pour prendre celui de leur épouse doit être infiniment proche de zéro.

Au fait ! À propos de ce fameux « mariage pour tous »… je le trouve fort mal nommé. La loi – reprenant le préjugé social – fait comme s’il existait des hétérosexuels et des homosexuels, une fois pour toutes et aussi différents les uns des autres qu’un camion et une boîte de petits pois.

La vérité, c’est qu’aujourd’hui, en France, pourvu qu’il ou elle soit majeur-e et ne vous soit pas apparenté-e, on peut épouser… qui on veut !

C’est le mariage AVEC TOUS.