C’est nouveau, ça vient de sortir : la démocratie totalitaire

Ça commence à bien faire ! Pas l’écologie, bien sûr. Non : je parle de cette démocratie qui n’en a jamais été une vraie (faire un choix ce n’est pas choisir celui qui le fera à votre place) mais qui commence, malgré tout, à ne plus en être une du tout.

Au programme, surveillance à tous les étages. Par sa « loi sur le renseignement », le gouvernement socialiste a l’intention d’épier nos communications en tous genres, de descendre dans nos profondeurs, de prendre des petites notes sur nos vies. Tout cela, bien sûr, au nom de la lutte contre le terrorisme.
Pourtant, la loi prévoit que cette surveillance nouvelle mode pourra s’exercer pour bien d’autres raisons que la lutte contre le terrorisme. Voici les sept raisons énoncées. Comme on le verra, ces raisons sont suffisamment mal définies pour que l’État puisse les  interpréter comme ça l’arrange :

  • la sécurité nationale
  • les intérêts essentiels de la politique étrangère et l’exécution des engagements européens et internationaux de la France
  • les intérêts économiques et scientifiques essentiels de la France
  • la prévention du terrorisme
  • la prévention de la reconstitution ou du maintien de groupement dissous en application de l’article L 212-1
  • la prévention de la criminalité et de la délinquance organisée
  • la prévention des violences collectives de nature à porter gravement atteinte à la paix publique.

Mais de quoi s’agit-il exactement ? Qu’y a-t-il de changé ? Voici ce qu’en dit le site Reporterre :

« Concrètement, cette loi permet aux services de renseignements de mettre en place des moyens de surveillances beaucoup plus intrusifs. Pose de micros dans un appartement ou un véhicule, écoute téléphonique, installation de balises GPS pourront se faire sans l’accord d’un juge. La demande sera directement faite au Premier ministre, charge pour lui d’accepter ou non.
D’autre part, les services de renseignements pourront utiliser des « IMSI-catchers ». Ce sont de fausses antennes relais. Les téléphones s’y connectent et il devient très facile d’espionner les conversations. Les métadonnées des ordinateurs seraient également collectées et renseigneront sur les flux entrants et sortants. Pour finir en beauté, l’ensemble du net français serait surveillé par l’intermédiaire de « boites noires » installées directement chez les fournisseurs d’accès.
Toutes ces données, une fois collectées seront analysées par des algorithmes qui détermineront les comportements suspects. C’est donc bien une collecte généralisée de la navigation sur internet qui se joue actuellement. »

hollande_ecouteIl est certain qu’elle n’était pas  si facile,  la surveillance des « citoyens » du temps où il n’y avait que le courrier postal et le téléphone fixe. Avec les téléphones portables et les ordinateurs, c’est beaucoup plus simple, car nous laissons des traces un peu partout sur internet, en premier lieu sur les « réseaux sociaux », emblèmes de notre société exhibitionniste. Ces traces sont retrouvables, additionnables, « recoupables » entre elles. Quant aux téléphones portables, ils sont « interceptables », comme chacun sait.

Hélas, tout le monde ou presque – même certains des groupes militants que nous aimons le plus – EST sur Facebook et Twitter et tout reste et entend  bien y rester. L’appartenance aux réseaux sociaux est, en effet, devenu un signe majeur d’intégration à notre époque. Il faut (on doit !) « être sur Facebook » (ou sur Twitter… bref…). Sinon, on est ringard-e. Pourtant, Facebook n’apporte rien de plus qu’un simple mail. Par mail, vous pouvez écrire, joindre tous les types de fichiers possibles… aussi.

Non : le véritable intérêt de Facebook (et de ses semblables) c’est d’être « in », « classe », « top », c’est à dire de vous permettre d’être comme tout le monde. Facebook, c’est le passeport obligatoire des bons citoyens. Je ne serais d’ailleurs pas étonnée qu’« être sur Facebook » devienne un jour réellement obligatoire. Pas forcément légalement obligatoire mais de fait indispensable, style « pas de téléphone portable, pas de boulot ». D’ailleurs, de nombreuses entreprises examinent d’ores et déjà les « profils » Facebook des candidats au recrutement. Alors, si vous n’en avez pas – logique d’employeur – c’est que vous n’êtes pas suffisamment motivés par l’emploi…

Quant au téléphone portable, à part la Feuille Mutine, qui n’en a pas ? Employés de la SNCF, ne vous fatiguez plus à rabâcher que « pour la tranquillité de chacun, les appels doivent être passés de la plateforme prévue à cet effet » : ils s’en foutent. L’autre jour, dans un café, un couple discutait face à face, sans se regarder, chacun l’œil rivé à son écran personnel. Dans quelques dizaines d’années, gageons que notre naturelle lordose cervicale sera devenue une cyphose.  Se souviendra-t-on que les humains avaient un regard ?

Continuez, les loustics ! La tête baissée, c’est comme ça que le pouvoir vous aime !

Mais qu’est-ce qu’il y a donc  dans ces écrans, ou derrière, qui nous y rend accros comme à une drogue ?

Vu la tournure qu’a pris la chose, je me dis qu’il aurait fallu au plus vite se débarrasser du premier zozo qui, naïvement, a eu l’idée d’un écran sur lequel on pourrait projeter des trucs. C’était le piège. C’était le début de la fin. Devant un écran, on s’arrête, on attend, on reçoit, on ne fait plus rien mais surtout on quitte la réalité pour lui préférer son image. Quand c’est de temps en temps, c’est sans conséquences. Mais quand c’est tout le temps, comme maintenant ? C’est la marée haute, c’est la marée basse, l’herbe pousse, les enfants aussi… on ne s’en aperçoit pas. La vie passe. Sans nous.

Du pain et des jeux, disaient-ils, il y a bien longtemps. Hé bien, nous nous sommes laissés piéger par les jeux, au-delà de leurs espérances. Pendant que notre regard était hypnotisé par notre écran d’ordinateur ou notre cou cassé au-dessus d’un téléphone portable, les portes de la prison se refermaient sur nous. Prison sans murs. Prison virtuelle. Prison quand même.
« Tiens, il paraît que la liberté a disparu… »
« Ah ouais ? J’avais pas vu… Je vais voir s’ils en parlent sur Facebook. ».

Alors, que faire ? Si l’on refuse d’être en permanence sous surveillance (la notion de surveillance est étroitement liée à celle de dictature, partout), commençons par :

  • nous désinscrire des « réseaux sociaux »
  • éteindre pour toujours nos téléphones portables
  • ne pas utiliser la WiFi
  • nous déconnecter d’internet chaque fois que nous ne l’utilisons pas
  • utiliser les logiciels libres qui nous permettent de crypter nos données

Qu’entends-je ? « Mais je n’ai rien à me reprocher, moi ! »  Objection, votre Honneur. C’est l’État qui décide si vous avez ou non quelque chose à vous reprocher et cela varie, en fonction du régime, quoi que vous ayez fait ou pas fait.

Cet ersatz de démocratie se désagrège aussi par un autre bout. Le député EELV François Rugy et le président de l’Assemblée Nationale Claude Bartolone viennent tous deux de demander à ce que voter devienne obligatoire. Que voulez-vous ? Les élus souffrent : ils ne se sentent pas représentatifs. Les jours d’élection, les gens regardent ailleurs. Ça leur fait de la peine.

Du droit de vote, on passerait au devoir de vote. Du désir de faire à l’obligation de faire. Quelle perspective alléchante ! Pensez au devoir conjugal : comme c’est jouissif !

Avec François de Rugy, l'absention devient un délit
Avec François de Rugy, l’absention devient un délit

Si la loi est acceptée, on ira dans l’isoloir par la contrainte ou on en sera de 35 euros de sa poche. La deuxième étape – si tout le monde est bien docile – ce sera la suppression de la possibilité de voter blanc. En effet, s’ils se retrouvent avec 50% de bulletins blancs, je doute qu’ils se sentent plus « légitimes » qu’autrefois. Il est tellement simple de forcer les gens à prendre parti pour telle ou telle personne : par exemple, vote électronique partout, quatre candidats, quatre boutons pressoirs.

Franchiront-ils la troisième étape, celle où l’on nous dira pour qui voter ?

Ça serait la dictature.

Pour le moment, bienvenue en démocratie totalitaire.