Connaissez-vous les bonobos ?

Les bonobos ! Ces primates, qui vivent au coeur des forêts du Congo, ont longtemps été confondus avec les chimpanzés. Ce n’est en effet que dans les années trente que les scientifiques ont compris qu’il s’agissait de deux espèces distinctes. On estime aujourd’hui que  leurs ancêtres communs se sont séparés en deux lignées il y a un million d’années.

BonobosBonobos comme chimpanzés sont génétiquement très proches des humains (nous partageons avec eux 98,7% de nos gènes), si proches que certains primatologues militent en faveur de leur classification dans le genre homo.

Malgré  leur ressemblance physique, chimpanzés et bonobos ont beaucoup de  dissemblances. Au fil du temps, chaque espèce a  adopté un mode de vie radicalement différent. Si la société des chimpanzés est hiérarchique, guerrière et autoritaire, celle des bonobos est égalitaire et pacifique.

Entre autres mille points, les bonobos nous ressemblent en cela que les gabarits respectifs des mâles et des femelles sont très voisins (comparées à la majorité des autres espèces de mammifères, les différences de gabarit entre l’homme et la femme sont faibles). Toutefois, les mâles sont un peu plus grands, plus lourds surtout et plus forts.

Pourtant, pas de domination masculine chez les bonobos. Pourquoi cette différence avec la société des chimpanzés, où les femelles sont franchement dominées ? Les primatologues voient à cela deux raisons principales :

la première, c’est que les bonobos femelles  sont extrêmement solidaires les unes des autres. Dès qu’il y a risque d’être dominée par un mâle, elles s’unissent et se soutiennent. La seconde, c’est qu’elles font l’amour ensemble – au moins aussi souvent qu’avec les mâles – ce qui, on l’imagine bien, renforce leurs liens.

Voilà des pistes d’accès à l’égalité qui me semblent franchement très intéressantes à explorer. Les féministes des années 70 l’avaient fort bien compris. Ah le joli temps ! La rivalité entre les femmes ne peut que nuire à leur émancipation. C’est pourquoi l’idéologie dominante phallocratique se plait  à propager l’idée selon laquelle  les femmes seraient  incapables de s’entendre.

« Nos amitiés faisaient sourire, Fallait se crêper le chignon » chante Anne Sylvestre et elle ajoute « Si on se retrouvait frangines ? »

Je ne sais pas si  les liens très forts qui unissent les femelles suffisent à expliquer l’égalité des sexes chez les bonobos. Peut-être les bonobos mâles ont-ils compris que les relations égalitaires étaient bien douces à vivre. En tout cas, ils sont très pacifiques et pratiquent, eux aussi, l’homosexualité.

Ah ! C’est le moins que l’on puisse dire : la sexualité est très libre chez les bonobos.  En fait, ils passent le plus clair de leur temps à faire l’amour. La chose s’explique aisément quand on sait qu’ils le font – aussi – chaque fois qu’ils sont sur le point de s’engueuler. La sexualité comme solution d’apaisement des conflits. Il fallait y penser ! Ah les braves gens !

J’ajouterai que sur le plan de l’imagination, leur sexualité n’a rien à envier à la nôtre. En fait, nous avons exactement les mêmes « pratiques ».

Un seul tabou : l’inceste.

Hélas, les bonobos auront sans doute bientôt disparu de la surface de la terre. Ils ne seraient plus aujourd’hui qu’entre 10 000 et 20 000. Ils sont, en effet,  massivement victimes des braconniers qui les tuent pour revendre leur « viande », et de la déforestation.

Les chimpanzés, de leur côté, ne sont pas des monstres. Ils sont pleins d’empathie, de tendresse. Ils sont dévoués à leurs enfants et capables de sacrifier leur vie, s’il le faut. Mais leur société est  hiérarchique et ça change tout. Lutter pour conserver sa position – si elle est enviable – ou se tenir dans les limites imposées à son rang si l’on est dominé, voilà qui génère tension et raideur. Difficile, dans ces conditions, de se « lâcher » comme un bonobo…

Le primatologue Frans de Waal explique que – du point de vue sociétal – l’humain navigue quelque part entre le chimpanzé et le bonobo. Les deux espèces évoqueraient, d’une certaine manière, nos deux facettes et notre patri-matrimoine* génétique nous laisserait la liberté de pencher côté chimpanzé ou côté bonobo.

Politiquement intéressant, non ?

Vous, je ne sais pas. Moi, j’ai choisi : je veux être bonobo.

*L’expression « patrimoine génétique » est une aberration scientifique directement liée à notre culture phallocratique.

 
Je ne saurais trop vous conseiller de lire les oeuvres passionnantes de Frans de Wall :
« Quand les singes prennent le thé : De la culture animale »
« De la réconciliation chez les primates »
« Le singe en nous »
« L’âge de l’empathie : Leçons de nature pour une société plus apaisée »
« Le bonobo, Dieu et nous »